Laurent Kneubühl : « Comme le team de Cruz, je rêve de Pékin »

Bien sûr, il y a le team de Cruz, fleuron du curling helvétique, dont les succès comblent de fierté et de bonheur notre club depuis une dizaine d’années.

En revanche, qui connaît Laurent Kneubühl ? Et quels sont, parmi les membres du Curling Club Trois-Chêne / Genève, celles et ceux qui savent qu’un des leurs s’apprête à représenter la Suisse au plus haut niveau international ?

Laurent s’est envolé, direction Lohja en Finlande, pour y disputer le championnat du monde de curling du groupe B en fauteuil roulant du 10 au 15 avril 2021.

Lui-même est le premier à l’admettre : tout va très vite. C’est d’ailleurs l’un des traits forts du film de sa vie de curleur, qui se déroule en accéléré, depuis son incorporation dans le club en cours de saison 2018-2019.

« À l’été 2019, je reçois un Email officiel de la part du coach national, Stephan Pfister, qui m’invite à participer aux séances d’entraînement du cadre national. Je ne me sens pas prêt, pas au niveau. Stephan insiste. J’hésite longuement avant de dire oui. »

Décision prise, Laurent va s’astreindre à d’innombrables sacrifices, dont les déplacements en voiture à Brigue, dans le Haut-Valais, deux fois par semaine, pour des entraînements puis lors de stages sur des weekends prolongés. Ses efforts sont récompensés : « J’ai été sélectionné comme remplaçant. Puis, il y a peu de temps, Stephan m’annonce que je serai le lead de l’équipe de Suisse. En fait, il ne m’a pas proposé cette place, il me l’a imposée, ajoutant simplement : « C’est à toi qu’il reviendra de nous faire gagner les matchs ! » Ma surprise fut grande dans la mesure où je n’ai jamais occupé cette position en club et que je dispose de très peu de repères et d’automatismes. Il s’agit cependant d’une expérience grisante, d’un sacré défi. »

Âgé de 39 ans, Laurent en a relevé d’autres. Il a l’âme et l’état d’esprit d’un compétiteur.

FLASH-BACK sur cet amoureux de sports, dévoré par sa passion

Avant de se laisser griser par la vitesse et d’effectuer un « tout droit », dans un giratoire à la sortie du village de Laconnex, au volant de son véhicule, Laurent caressait l’espoir d’épouser une « carrière » de footballeur au poste de latéral gauche. « Je sortais des interrégionaux A. J’avais 19 ans et je m’étais préparé physiquement comme jamais pendant les deux mois d’été pour incorporer la première équipe de Bernex. De l’avis de la Faculté, c’est ma forme athlétique du moment qui m’a sauvé la vie. »

Cet accident de la route ne le détournera pas de sa passion dévorante pour le sport, au contraire : avec les Aigles de Meyrin en basket, il va truster les places d’honneur durant huit ans derrière les intouchables dragons lucernois de Pilatus. Ensuite, il pratiquera durant deux ans le Rafroball (en compagnie de Gilles Rosset et Murad Mirza, également membres de la section handisport curling), un sport collectif dérivé du handball mêlant joueurs de tout handicap et piétons, hommes et femmes confondus dans la même équipe. Jusqu’au jour où Laurent croise « Indy » (Olivier Joseph), qui écume les terrains de sport genevois pour compléter sa section handisport de curling, nouvellement créée à l’automne 2017.

Le curling, ça lui parle à Laurent…

« Comme bon nombre de gens, j’ai découvert le curling lors des Jeux olympiques de Nagano en 1998 avec la médaille d’or de Lausanne Olympique. L’envie d’essayer ce sport était trop forte. L’on m’a descendu dans les deux rampes d’escaliers à Tivoli. Les accès aux pistes et vestiaires de l’ancienne halle du Petit-Lancy étaient trop malaisés. J’ai renoncé. Je me souviens d’avoir encore lancé quelques pierres à la fin d’une Dolly Cup, mais sans l’aide du stick. La construction d’une halle de curling à Sous-Moulin, favorisant la pratique du sport handicap, m’a permis de débuter ce sport, de l’apprécier et de m’y investir pleinement. »

FOCUS SUR LOHJA

La délégation que Sport suisse en fauteuil roulant a nommée est la suivante : Éric Décorvet (skip), Hans Burgener (n°3), Françoise Jaquerod (n°2), Laurent Kneubühl (lead) et Patrick Delacrétaz (remplaçant). Stephan Pfister (entraîneur national), Lukas Haggenmacher (co-entraîneur/physiothérapeute) et Andreas Heiniger (manager d’équipe) composent le personnel d’encadrement. « Il s’agit d’une équipe nouvellement constituée, qui est actuellement privée de son skip Remo Pfyffer. »

Après le retrait de la Slovénie, dix teams s’affronteront lors d’un round-robin, à la suite duquel se joueront les demi-finales et finales. Les trois médaillés accéderont au groupe A et se qualifieront pour le CM-A à Pékin du 23 au 30 octobre 2021. « L’objectif est ambitieux, même si nous manquons de repères et n’avons pu livrer aucun match de préparation : que valent les Turcs, qui s’entraînent en compagnie des Russes ? Où se situera le niveau de jeu du team transalpin qui s’entraîne durement pour les Jeux Paralympiques 2026 en Italie ? »

Un autre paramètre est encore venu se greffer : le Covid-19 et les restrictions sanitaires imposées en Finlande. Après avoir passé un premier test PCR, une mise en quarantaine de plusieurs jours et des tests supplémentaires en Suisse, la sélection helvétique a intégré la « bulle de compétition » de Lohja. « Le port du masque, obligatoire sur la glace, va compliquer la communication entre les joueurs. Nous avons dû nous familiariser aux consignes par le geste plutôt que par la parole. Pas simple. »

Et que se passerait-il si Françoise « Fanny » Jaquerod venait à se blesser ou connaissait une poussée de fièvre, le curling en fauteuil roulant imposant la mixité dans la composition de l’équipe (au minimum un joueur de sexe opposé) ? La réponse de Laurent tombe comme un couperet : « Nous rentrerions à la maison ! »

Cependant, l’objectif est clair et affiché : « Nous voulons nous qualifier pour les Jeux Paralympiques 2022 qui auront lieu à Pékin du 5 au 12 mars 2022.

Et comment concilier sport et vie professionnelle ? « Difficilement pendant la pleine saison de curling », reconnaît Laurent qui doit mener de front sa profession d’informaticien à 50% pour la Ville de Genève et à 50% en qualité d’indépendant et pratique du curling de haut niveau.
Mais si, tout comme Valentin, Peter, Sven et Benoît, Laurent rêve d’une qualification pour les Jeux de Pékin, il tient à mettre en relief ses performances avec celles de ses équipiers de club : « Si mon pourcentage et celui de l’équipe tournent autour de 70%, nous serons assurés d’être champions ! »

Bonnes pierres à Laurent et au team Suisse en fauteuil roulant ! Le champagne est au frais.

Propos recueillis par Claude Crottaz

3 réponses pour “Championnat du monde de curling du groupe B en fauteuil roulant”

  • Je lui souhaite bonnes pierres et faire gagner l’équipe de suisse.
    PS. Il mérite cette sélection car c’est un très bon curleur

  • Soit confiant dans tes décisions et cela te mènera vers les sommets.
    Bonnes pierres futur champion.

  • Je suis vraiment content pour toi, c’est une magnifique expérience, vis la à fond.
    Tu mérites cette place et tu sauras lui faire honneur, en vrai sportif.

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